À propos de mes notes sur Romains dans la Semeur
Plusieurs personnes m’ont récemment fait savoir qu’elles utilisaient mes notes sur Romains dans la Bible d’étude du Semeur et m’ont demandé si j’avais changé d’avis sur certains points. L’occasion est bonne de mettre les choses en contexte.
Dix ans de travail en plus
Tout d’abord, ces notes furent rédigées il y a maintenant plus de dix ans. Depuis, j’ai fait un doctorat sur Romains et je continue à travailler et à écrire sur cette épître (voir mes écrits ici). Si je devais écrire à nouveau ces notes, j’ajouterais des informations sur des thèmes dont l’importance m’avait échappé. On pourrait citer le thème de la révélation et du silence de Dieu face au mal et à la souffrance qu’évoquent Habakkuk, les Psaumes cités par Paul et les textes d’Esäie repris en Rom 9–11. Autre exemple, la résurrection du Christ. Dès le début de la lettre, Paul souligne son importance. Elle est telle que pour Paul, en Romains, croire n’est pas croire en Jésus, mais croire que Dieu a ressuscité Jésus des morts (4.18–25 et surtout 10.9). De même, vers la fin de mon doctorat j’en suis arrivé à la conclusion qu’en Rom 1.18–20 Paul n’évoque pas la connaissance de Dieu par la nature, mais par ses œuvres dans l’histoire. Pas de théologie naturelle donc, mais une théologie de l’histoire en Romains. Curieusement, bien que cette option de lecture soit mentionnée ci et là depuis deux siècles, elle n’avait jamais été défendue exégétiquement. C’est ce que j’ai fait brièvement dans mon doctorat et dans mon article de 2009 paru dans ZNT. J’ajouterais également des remarques sur le thème de l’espérance chrétienne, qui est pour moi le thème fondamental de l’épître aux Romains (4.23–25; 15.3–4, 13).
Un autre exemple de données à revoir est l’explication sur la situation des chrétiens de Rome sous « Contexte et circonstances de composition ». Je mentionne là l’idée d’une expulsion des Juifs sous l’Empereur Claude en 49 de notre ère pour expliquer les tensions possibles entre les chrétiens d’origine juive et non-juive de Rome. Bien que cette explication soit très fréquemment avancée, cela fait plusieurs années qu’elle ne me convainc plus. Il s’agit en fait d’une hypothèse popularisée par Willi Marxen dans les années soixante du vingtième siècle à partir de remarques de Suétone au premier siècle (Suet. Claude, 25.4) et de l’historien Orose au cinquième siècle (Orose, Histoires, III.VII.6). Mes ces textes présentent de nombreuses difficultés. En outre, l’hypothèse claudienne n’est pas attestée par les autres écrits primitifs sur le judaïsme et le christianisme à Rome.
La justice de Dieu
Comme l’indique l’introduction à la Bible d’étude, les notes sont le résultat d’un travail d’équipe. Chacun a rédigé les introductions et notes de lecture, parfois à partir d’annotations d’Alfred Kuen. Dans le cas de Romains, le résultat final intégre très peu de données d’Alfred Kuen. Les notes remises par les auteurs étaient ensuite révisées. J’ai écrit celles sur Romains et l’introduction. La révisions a été assurée par Jacques Buchhold. Toutes les notes ne sont donc pas de moi ou pas complètement en tout cas. Un bon exemple est la note sur la justice de Dieu en 1.17.
Ceux qui ont suivi mes travaux auront remarqué qu’elle ne reflète pas ma position. Je suis parmi ceux qui sont rassemblés sous les mots « D’autres comprennent : la justice de Dieu comme attribut divin… ». Qu’il s’agisse du fait que Dieu est juste en 1.17 est défendu par de très nombreux commentateurs et me semble être l’option qu’impose la lecture du fil de l’argument de l’épître. C’est celle défendue en longueur dans mon doctorat. C’est l’argumentation développée par le thème de l’impartialité de Dieu (2.1–16), par le vocabulaire de la justice (cf. 3.4–8, 21–26; 9.14; etc.), etc. C’est ce que développent les emplois de l’AT (allusion à Ps 98.2 en 1.17, Habakkuk, etc.). La note de la Semeur offre une argumentation classique, mais basée sur des passages que Paul ne cite pas en fait et qui ne rend pas assez compte de l’argument de Romains lui-même. Elle mélange également les emplois du verbe justifier et des noms justice et justification. Elle développe pour l’essentiel en effet l’idée de justification de l’homme et le verbe justifier, alors qu’en 1.16–17 Paul parle de démonstration de la justice de Dieu. Soit, ce sont les aléas d’un travail d’équipe avec révision. Pour plus de détails, voir mes écrits sur Romains.
Conclusion
L’avantage d’une Bible d’étude est d’offrir des notes de commentaires sur toute la Bible dans un format portable et économique. Le désavantage, comme pour tout écrit, est que le temps qui passe nécessite parfois la révision d’opinions tenues précédemment ou l’ajout de nouvelles données. Faut-il donc continuer d’utiliser la Semeur d’étude? C’est en tout cas la Bible d’étude que je recommande en français encore aujourd’hui, tout en conseillant de ne pas s’y limiter.


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