La Passion selon Gibson
Philippe Gonzalez, mars 2004
Un film sur Jésus qui fait la une. À cela rien de vraiment extraordinaire. Ce qui l’est par contre c’est son réalisateur et le réalisme (trop?) poussé de la Passion du Christ. Un film à voir? Un outil d’évangélisation? Pas sûr?
Un évangile du dolorisme?
… Tout d’abord, il me paraît crucial d’éviter un quelconque fétichisme de l’événement, c’est-à-dire de penser que le film serait conforme au message de l’évangile et le restituerait, parce qu’il contiendrait tous les épisodes, relatifs à la Pâque christique, évoqués dans le Nouveau Testament. Cet article a justement tenté de montrer en quoi le récit pascal, tel que le rapportent les Évangiles, ne se résume pas à une succession d’épisodes éparts. Croire qu’un récit se réduit simplement à l’empilement de « faits historiques » relève d’un tel fétichisme. Cela équivaudrait à confondre les mentions de rendez-vous sur la page d’un agenda avec la narration d’une journée de travail. Ce serait manquer ce fait (théologique) central: c’est la trame narrative qui ordonne des éléments hétéroclites, des incidences historiques, pour les agencer de manière cohérente, intelligible, faisant sens…
Dès lors, il s’agit bel et bien d’une œuvre de re-catholicisation, bien plus que d’un quelconque outil d’évangélisation; une œuvre teintée d’un catholicisme que l’on croyait désormais minoritaire, un catholicisme doloriste, pénitentiel, intégriste; une œuvre tout entière orientée par la souffrance expiatoire : c’est le supplice du Christ – et non sa résurrection – qui nous rachète, tout comme Gibson a été sauvé par la méditation des blessures du Christ, et non par sa résurrection.
Certes, tout n’est pas à jeter dans ce film. Toutefois, il nous appartient de demeurer fidèles à la vision des évangélistes. Ces derniers ont saisi la juste part à attribuer à la souffrance physique dans l’accomplissement de la rédemption. Ainsi, cette souffrance n’est rien sans l’éclairage de la résurrection…

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