Les soldats de Dieu, Géopolitique des évangéliques
La revue Diplomatie consacre le dossier de son numéro 48 (janvier-février 2011) à la géopolitique des évangéliques. Il s’agit d’un dossier d’une vingtaine de pages augmenté de quelques belles cartes.
Quelques brèves remarques. On passera sur le titre « Les soldats de Dieu, Géopolitique des évangéliques » qui fait un peu sensationnaliste. Le dossier est ouvert par Sébastien Fath, sociologue croyant baptiste omniprésent chaque fois qu’il est question des évangéliques dans les média français. Fath reprend les quatre traits qu’il mentionne habituellement pour caractériser les évangéliques et inspirés par Bebbington : centralité de la Bible (biblicisme), centralité de la croix (crucicentrisme), accent sur la conversion personnelle et engagement militant. (Voir son livre Du Ghetto au réseau, Labor et Fides, 2005, p.21–69 pour plus de détails.) Personnellement, je ne suis pas convaincu par cette façon de caractériser les évangéliques. Tout d'abord, je parlerais d’abord, comme beaucoup de théologiens, de christocentrisme plutôt que ce crucicentrisme. Les évangéliques insistent souvent non pas seulement sur la croix, mais sur le Christ, ce y compris ce qui précède et suit la croix, dont la résurrection. Quant à l’importance de la Bible, je dirais plutôt que les évangéliques parlent de la Bible comme autorité, même si en fait ils la lisent de moins en moins et souffrent toujours dans certains milieux d’un anti-intellectualisme piétiste qui a des conséquences sur la lecture de la Bible. Le biblicentrisme est plus une déclaration herméneutique de principe qu’une pratique. Soit, je passe pour le reste. On lira avec intérêt une autre optique sur les évangéliques dans la thèse de mon ami Philippe Gonzalez, de l’Université de Lausanne.
On notera tout de même la faiblesse de l’article de Zidane Mériboute et ses raccourcis. Dire des évangéliques qu’ils se réfèrent « exclusivement à l’autorité de la Bible et à sa lecture littérale » (31) est soit de la caricature, soit de la méconnaissance des évangéliques. Seule une partie d'entre eux ont de telles prétentions, et encore, c’est une posture plus théorique que réelle. De même, appeler Convention baptiste du Sud, qui représente des millions de baptistes aux États-Unis, une « église » (33), c’est encore mal avoir saisi le sujet. Elle n'est ni une église, ni une dénomination. Tout aussi troublant, rassembler Billy Graham et son fils Franklin dans un même élan (35) ou dire que « Les évangéliques suggèrent aux Africains que l’adoption de la foi chrétienne les mènera inéluctablement à la richesse, la guérison des maladies, le bonheur, la gloire et la paix mondiale » alors que nombre d’évangéliques n’ont de cesse de dénoncer la théologie de la prospérité comme une perversion de l’Évangile est à la limite de l’indécent. On espère que son livre chez Labor et Fides (2010) est de meilleur acabit.
Autre réserve, la présentation des « 10 voix les plus influentes du monde évangélique en 2011 » (47). Chaque fois que je vois une telle liste, j’aimerais que l’on me dise d’abord comment on définit « influent ». Qu’est-ce que cela veut dire? Est-ce une personne dont on parle beaucoup? qui vend beaucoup de livres? influente dans quels pays? La majorité des personnes citées sont pour l'essentiel inconnues en francophonie. En outre, cela fait des années que Billy Graham, âgé et malade, n’est plus « influent ». De même, Bill Hybels fait peut-être beaucoup parler de lui, mais j’accorderai aujourd’hui plus « d’influence » à N.T. Wright, qui publie énormément et exerce une grande influence sur nombre de pasteurs et responsables évangéliques. Parmi les Afro-Américains, T.D. Jakes est bien plus « influent » que Rich Warren, de plus en plus critiqué par de nombreux évangéliques. Soit.
Fath termine bien le dossier en soulignant la grande difficulté qu’il y a en fait à définir et préciser ce que sont les évangéliques, que l’on estime tout de même à environ 500 millions aujourd’hui.
Un dossier intéressant donc, mais qui ne viendra rien bouleverser au apprendre énormément à ceux qui connaissent le monde évangélique. Le plus intéressant est peut-être les cartes.


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